Préparer ses fichiers CAO (DXF, STEP, PDF) pour la découpe laser industrielle : guide DFM
Équipe AICC · 15 juin 2026 · 9 min de lecture
Tolérances, épaisseurs minimales de pont, rayons internes, calques, échelle : tout ce qu'un bureau d'études doit savoir pour livrer des fichiers DXF, STEP ou PDF directement exploitables en découpe laser — et réduire coûts et délais.
L'essentiel
- Le DXF reste le standard : R2013 ASCII, mm, échelle 1:1, contours fermés sans doublons.
- Règle DFM clé : diamètre de trou ≥ épaisseur ; distance entre deux découpes ≥ épaisseur.
- Tolérances réalistes : ±0,1 mm est standard sur 1-3 mm ; ne spécifier serré que sur les cotes fonctionnelles.
- Joindre toujours : nuance matière, épaisseur en mm, quantité, finitions, délai.
- Un STEP n'est utile pour la découpe que si une opération de pliage ou de finition 3D suit.
Pourquoi soigner ses fichiers CAO change le prix et le délai
Un fichier DXF ou STEP mal préparé est la première cause de retour devis et de retard atelier. Un sous-traitant en découpe laser fibre doit alors corriger les calques, refermer les contours, nettoyer les doublons, vérifier l'échelle, deviner l'épaisseur — autant d'opérations qui se facturent en temps bureau d'études et qui décalent la mise en machine. À l'inverse, un fichier propre, conforme aux règles de Design for Manufacturing (DFM), part directement en imbrication, en nesting et en programme CN.
Ce guide rassemble les règles concrètes que nous appliquons chez AICC Microlaser pour préparer un fichier exploitable du premier coup, que vous soyez bureau d'études, ingénieur méthodes ou acheteur industriel.
Quels formats accepter et pourquoi
DXF 2D — le standard de la découpe laser
Le format DXF (Drawing eXchange Format) reste la référence pour la découpe laser 2D. Il décrit les contours sous forme de polylignes, arcs et cercles dans un repère cartésien. Un DXF bien fait se charge directement dans le logiciel CFAO de la machine (Lantek, Radan, Tops 600, etc.) sans conversion.
- Version recommandée : DXF R2010 ou R2013, ASCII (pas binaire)
- Unité : millimètres uniquement — jamais de pouces ni d'unités « sans dimension »
- Échelle : 1:1, pas de mise à l'échelle dans l'import
STEP (.step / .stp) — pour les pièces issues d'un solide 3D
Le format STEP AP214 ou AP242 transporte la géométrie 3D paramétrique. Il est utile quand la pièce est destinée à être pliée (envoi du modèle 3D + DXF du dépliant), quand elle comporte des finitions ou taraudages à intégrer, ou quand le bureau de méthodes doit vérifier des cotes en trois dimensions. Pour une découpe pure, le STEP n'est utile que si nous générons nous-mêmes le dépliant.
PDF vectoriel — uniquement en complément
Le PDF vectoriel (export depuis SolidWorks, AutoCAD, Fusion 360) sert de plan coté à imprimer pour le contrôle qualité et la documentation. Il ne remplace jamais un DXF : la conversion PDF→DXF introduit systématiquement des micro-segments, des doublons et des erreurs d'échelle. Considérez le PDF comme une pièce jointe d'accompagnement, pas comme un fichier de production.
Ce qu'il vaut mieux éviter
- DWG : acceptable mais préférez DXF — moins d'aléas de version
- IGES : obsolète, perte fréquente d'informations
- Images bitmap (JPG, PNG, scans) : non exploitables — il faudra revectoriser
- STL : maillé triangulé, perd la précision nécessaire à la découpe
Règles DFM essentielles pour la découpe laser
Le Design for Manufacturing consiste à concevoir la pièce en intégrant les contraintes du procédé dès le bureau d'études. Pour la découpe laser fibre, les règles clés sont les suivantes.
Diamètre minimum des trous
Règle de base : le diamètre du trou doit être au moins égal à l'épaisseur de la tôle. En dessous, le faisceau a du mal à évacuer le bain de fusion et le trou devient irrégulier. Sur tôle 3 mm, prévoir des trous ≥ 3 mm ; pour des trous plus petits, basculer en micro-découpe laser.
Distance minimale entre deux découpes
Maintenir au moins une fois l'épaisseur entre deux contours (trou-trou, trou-bord, contour-contour). Un pont trop fin se déforme à la chaleur et casse au démoulage. Pour une tôle inox de 2 mm, comptez 2 mm minimum entre deux trous.
Rayons internes des angles
Tout angle vif intérieur peut être adouci par un rayon ≥ 0,5 × épaisseur. Cela évite les amorces de fissure en sollicitation mécanique et réduit la marque thermique. Un rayon de 0,5 mm sur une pièce d'1 mm est un bon réflexe.
Tolérances réalistes à demander
| Épaisseur | Tolérance dimensionnelle standard | Tolérance serrée (sur demande) |
|---|---|---|
| 0,5 – 1 mm | ± 0,05 mm | ± 0,02 mm |
| 1 – 3 mm | ± 0,1 mm | ± 0,05 mm |
| 3 – 6 mm | ± 0,15 mm | ± 0,08 mm |
| 6 – 12 mm | ± 0,2 mm | ± 0,1 mm |
Demander une tolérance plus serrée que nécessaire fait monter le prix : le sous-traitant doit alors imposer une vitesse plus lente, un contrôle MMT et une reprise éventuelle. Ne spécifiez serré que sur les cotes fonctionnelles, pas sur l'ensemble du plan.
Pliage : penser au dépliant et aux rayons
Si la pièce sera ensuite pliée en pliage CN, l'angle, le rayon intérieur et le sens du fil métallique doivent figurer sur le STEP ou en annotation. Prévoyez un dégagement de pli (relief notch) pour éviter les déchirures à l'intersection de deux plis.
Checklist d'un DXF propre prêt à produire
Avant d'envoyer un fichier, passez-le au crible :
- Échelle 1:1 en millimètres — pas de cotes en pouces, pas de mise à l'échelle dans le bloc
- Contours fermés — toutes les polylignes doivent boucler exactement, sans micro-ouverture (< 0,01 mm)
- Pas de doublons — un contour superposé fait passer le laser deux fois et brûle la pièce
- Pas de splines complexes — convertir les splines en polylignes ou arcs ; les CN n'aiment pas les NURBS
- Pas de cotes, hachures, blocs texte ou cartouche — séparer le plan coté (PDF) de la géométrie de découpe (DXF)
- Calques utiles uniquement — un calque par fonction (contour extérieur, perçages, gravure légère)
- Un seul exemplaire de la pièce — l'imbrication (nesting) est gérée par le sous-traitant
- Origine au coin inférieur gauche — facilite l'import dans la CFAO
- Pas d'entités hors de la pièce — supprimer les points isolés, lignes orphelines, restes de construction
Informations à joindre avec le fichier
Un fichier seul ne suffit pas. Pour un devis rapide et juste, joignez systématiquement :
- Matière exacte : nuance (inox 304, 316L, S235, AW-5754, cuivre Cu-DHP…) — voir notre guide des matériaux découpés
- Épaisseur en mm : 1,5 mm est différent de 1,55 mm en termes de paramètres
- Quantité par référence : prototype unitaire vs série de 500 changent le mode de production
- Tolérances spécifiques si différentes du standard
- Finitions attendues : ébavurage, brossage, grenaillage, peinture, taraudage
- Sens de matière pour les tôles laminées (sens de fil)
- Délai souhaité et adresse de livraison
Comment exporter proprement depuis votre logiciel CAO
SolidWorks
Fichier → Enregistrer sous → DXF/DWG. Dans les options : « Géométrie de mise à plat » pour une pièce de tôlerie, version DXF 2013 ASCII, échelle 1:1, exporter uniquement les contours (décocher cartouche, cotes, axes).
Fusion 360
Esquisse → clic droit → Enregistrer en tant que DXF. Vérifiez ensuite l'échelle dans un visualiseur DXF (LibreCAD, eDrawings) avant envoi.
AutoCAD / DraftSight
Commande SAVEAS → format DXF R2013 ASCII. Avant export, lancer PURGE pour supprimer calques et blocs inutiles, puis OVERKILL pour éliminer les doublons.
Inkscape (si vous partez d'un logo ou tracé vectoriel)
Convertir tous les objets en chemins (Ctrl+Shift+C), vectoriser les textes, puis exporter en DXF R14. Vérifier l'unité — Inkscape exporte parfois en points typographiques.
Les cinq erreurs les plus fréquentes en sous-traitance laser
- DXF exporté en pouces — la pièce arrive 25,4 fois plus grande ou plus petite
- Contours non fermés — le laser ne sait pas où s'arrêter et perce la tôle
- Splines à la place de polylignes — la CN refuse le programme
- Trous trop petits par rapport à l'épaisseur — irrégularité, bavure, rebuts
- Cartouche, cotes et hachures dans le DXF — temps de nettoyage facturé, parfois découpé par erreur
De la maquette numérique à la pièce en main
Avec un fichier conforme aux règles ci-dessus, le cycle est rapide : devis sous 24 h, programmation CN dans la foulée, mise en machine, contrôle dimensionnel et expédition. Sur des séries simples, nos clients reçoivent leurs pièces en 5 à 10 jours ouvrés selon la matière et la finition. Sur des dossiers techniques complexes, nous proposons une revue DFM avec le bureau d'études pour optimiser conception, choix matière et procédé.
Pour démarrer, envoyez vos fichiers DXF ou STEP via notre page devis en ligne — un ingénieur AICC vous répond en moins d'une journée ouvrée.
Questions fréquentes
Quel format envoyer pour une découpe laser : DXF ou STEP ?
DXF pour une découpe 2D pure — c'est le format natif des machines laser. STEP uniquement si la pièce est destinée à être pliée ou si elle comporte des opérations 3D (taraudages, lamage). Un PDF vectoriel coté peut accompagner mais ne remplace jamais le DXF.
Quelle tolérance demander en découpe laser fibre ?
En standard, ±0,1 mm sur les épaisseurs 1 à 3 mm, ±0,15 mm jusqu'à 6 mm, ±0,2 mm au-delà. Des tolérances plus serrées (jusqu'à ±0,02 mm) sont réalisables sur demande, mais font monter le prix : à n'appliquer qu'aux cotes fonctionnelles.
Quel diamètre minimum de trou peut-on découper au laser ?
Règle générale : diamètre ≥ épaisseur de tôle. Sur 2 mm d'inox, le trou minimum est 2 mm. Pour des trous plus petits (jusqu'à 0,05 mm), il faut passer en micro-découpe laser, procédé dédié aux faibles épaisseurs.
Pourquoi mon DXF est-il refusé ou retourné par le sous-traitant ?
Les causes les plus fréquentes : échelle en pouces au lieu de millimètres, contours non fermés, doublons superposés, splines complexes que la CN n'interprète pas, ou présence de cotes, hachures et cartouche mélangés à la géométrie.
Faut-il imbriquer les pièces sur la tôle avant envoi ?
Non. L'imbrication (nesting) est gérée par le sous-traitant avec son logiciel CFAO pour optimiser le rendement matière. Envoyez un seul exemplaire de chaque référence avec la quantité demandée.